i-conne
aucun corps ne saurait se couper le souffle
sauf par un acte comme en fit Mallarmé
avec sa glotte c’est en faisant de même
que la pensée s’asphyxie dans l’impensable
je n’ai jamais séparé corps et pensée
l’étranglement de l’un est celui de l’autre
le saut dans la mort la folie ou l’extase
tous excès qui délivrent de la raison
autrement dit du transformateur de l’être
en Nécessité sous les ruines ou dessus
j’apprends qu’un certain état religieux
vous fait arracher toute choses à ses gonds
et d’abord les mots à l’ordre du langage
ou du savoir quitte à danser à la tête
d’un cheval par-delà le bien et le mal
le Dieu de la Bible n’est pas raisonnable
il a mis la raison dans un arbre et dit
que les fruits en étaient mortels quel travail
pour mettre ensuite la foi sous la raison
confondre hérésie et délire coloniser
les obscurs battements qui pulsent la vie
la foi pourtant doit jeter bas les montagnes
renverser le sens des mots et de l’histoire
être cette folie qui chasse les preuves
et les certitudes élit le désordre
efface la consommation de la pomme
le choix et les conséquences
------------------------------------------le poème
sème dans le langage la même folie
comment aurais-je pu le penser ailleurs
il veut que sa clarté soit assez sauvage
pour déchirer le coeur et la peau des yeux
BERNARD NOËL
Extrait de “Le Passant de l’Athos”, dans lerecueil Le Reste du voyage, P.O.L., 1997.













